Exposition par l’Ecole des Beaux Arts de Grenoble à l’Ebauchoir
(vendredi 20 mai 2005)

Les beaux jours faisant leur grand retour, c'est avec un entrain sans mesure qu'accompagné du plus maracas de mes confrères, j'ai nommé Bratman, nous nous rendîmes au vernissage qui avait lieu ce soir-là à l'Ebauchoir. Accédant audit vernissage par la tumultueuse ascension d'une côte qui se posa à nous comme un premier obstacle, notre témérité ne désemplit guère, chaque pas nous rapprochant un peu plus de ce que nous étions venu chercher
Quel fut alors notre désarroi, découvrant par nos yeux ébahis une planche chancelant sur deux tréteaux mal agencés, l'ensemble étant censé faire office de buffet. Mais de qui se moque-t-on ? Perdu au milieu de condiments à peine déballé de leurs emballages affichant fièrement divers logos de marques de hard-discount, c'est avec un grand dédain que nous avalâmes quelques piètres chips sursalées. Un goût désagréable qui vient encore à ce jour heurter nos palets au simple souvenir de ce vernissage, tant il resta longtemps dans nos bouches.
Et la cause en est qu'aucune possibilité de se rincer la gorge s'offrit à nous. Non pas qu'il n'y avait rien à boire les deux briques de Porteval ou le cubi de Vieux Carillon auraient tant bien que mal fait l'affaire mais tout simplement parce qu'il nous fut impossible de trouver un goblet propre ! Quel scandale ! Et je pèse mes mots !
La médiocrité était donc de mise à ce vernissage, mais personne ne nous en avait tenu informé. Certes, un mix sur ordinateur (tout le monde ne peut pas se payer des Numark TTX1 !) parvint à nous divertir l'espace d'un temps de par ses rythmiques bourrines à souhait, mais ce pour un court laps de temps. D'une seconde à l'autre, le son disparut en effet, causé par une plainte du voisinage, qui condamna par la même occasion cette parodie de vernissage qu'un simple mix ne pouvait guère sauver quoi qu'il en fut.

Infectés par la décadente tournure des événements, une masse fluette regroupée aux abords d'une devanture dans la rue perpendiculaire à celle dans laquelle nous nous trouvions parvint dès lors même à retenir notre attention. Un autre vernissage s'y tenait selon toutes vraisemblances. Ainsi tentâmes nous l'expérience, certain que la catastrophe à laquelle nous venions de survivre ne pouvait statistiquement se dérouler en deux points géographiquement si proches. La musique qui sortait alors du lieu duquel nous nous approchâmes ne nous laisser certes augurer la présence d'un vernissage des grandes occasions, mais c'était une concession que nous étions prêt à prendre, pourvu que nous étions reçus dans les règles de la bienséance.
Ce fut pourtant bien rapidement que nous déchantâmes, cherchant une fois sur les lieux un quelconque buffet avec l'énergie du désespoir, scrutant les quatre coins de cette pièce ridiculement exiguë, censée faire office de galerie. Nos yeux avertis analysèrent alors la situation, décelant quelques maigres traces d'amuses gueules, ces derniers eussent-ils sans doute chu au fond du gosier d'un rustre qui, une fois de plus, ne se soucia pas de nous laisser de quoi nous restaurer. Décidément, la décrépitude avait revêtu ce soir-là son costume de virus, se propageant semble-t-il à travers tout vernissage qui soit.
De surcroît enfoncée par le mix douteux sur ordinateur (tout le monde ne peut pas se payer des Numark TTX1), sorte de rétrospective du mauvais goût des années 80 à aujourd'hui, notre bonhomie s'en retrouva au plus bas degré quand soudain s'offrit à notre regard, brillant de mille feux, une tireuse à bière pression, accompagnée de son barman. Aussi accourions nous vers cet objet inattendu que l'on n'osait plus espérer en ce lieu. Vint alors le barman nous annoncer dans notre élan : « c'est 2 euros. »
Abasourdi, le mutisme fut alors notre seule réponse, car nous étions parvenus au point où les mots ne méritent même plus d'être dit tant cette aberration fut gigantesque. En effet, par leur cupidité, ces gens mettent en péril le principe même du vernissage. Pourquoi se rendre à un tel événement s'il nous faut payer nos consommations ? Décidément les valeurs se perdent ! Dès lors, nous primes conscience de l'amateurisme ambiant dans lequel nous avions mis les pieds, et c'est pourquoi nous nous empressèrent de quitter les lieux, accusant au passage du regard toutes personnes qui y était présente, intrinsèquement complices, de par leur présence, du chaos que fut cette fin de journée.


Exposition « Galerie Heller » à l’Atelier d’Expos El Gah
(vendredi 20 mai 2005)

Subissant dès lors l’assaut d’un profond malaise imminent, nous cherchions avec empressement une quelconque issue à ce dit « Ebauchoir » infecté par la décrépitude qui l’investissait. Une masse fluette regroupée aux abords d’une devanture très classique parvint ainsi à devenir l’objet de nos attentions respectives et communes. Un autre vernissage se tenait non loin de là selon toutes vraisemblances. Ainsi tentâmes-nous l’expérience, assuré que le drame dont nous nous extirpions à peine ne pouvait statistiquement se réitérer le même jour en deux points géographiquement si proche.
Certes la musique qui parvint à nos ouïes à l’approche du lieu visé ne laissait augurer un vernissage flamboyant. Mais c’était une concession que notre état désespéré nous laissait accepter, tant que nous étions reçu comme il se doit.
Toutefois, débarquant dans la pièce exiguë où se tenait l’événement, nous déchantâmes bien vite. Eûmes-nous beau scruter les quatre coins de la salle à la recherche d’un tant espéré reposoir qui aurait fait office de buffet, aucun vivre ne se présenta à nos regards ébahis. Quand soudain nous comprîmes à quelle dure réalité nous étions présentement confrontée …
Des miettes ! Il ne restait plus que de maigres miettes, sorte de vestiges funestes d’amuses-gueules tombés aux mains d’un rustre qui, une fois encore, ne s’était pas soucié de nous laisser de quoi nous restaurer. Décidément, la vulgarité prenait en ce soir des airs de virus, se propageant de vernissages en vernissages et se transmettant à travers tous ses convives. Et encore, je préfère ne pas même évoquer le mix douteux sur ordinateur (certes, tout le monde ne peut pas se payer des Numark TTX1) d’un supposé DJ dont je tairais le pseudonyme dans son propre intérêt, enchaînant avec maladresse et mauvais goût les pires productions des années 80 à 2000. Du kitchissime ou nullissime, il n’y a qu’un pas que cet incapable emboîta sans complications …
Comprenez dès lors à quel piètre niveau fut parvenu notre bonhomie originelle qui nous amena en ces lieux désormais maudits. Apercevions-nous soudain, brillant de milles feux, une tireuse à bière pression munie de son barman. Aussi nous pressons-nous afin d’annihiler ce goût écœurant de chips qui tenait encore et toujours en siège nos palets. Vint alors ce barman nous annoncer à nos esprits exaltés cette courte phrase cruellement explicite : « c’est 2 euros. »
Estomaqués, c’est avec le plus grand mutisme que nous lui répondions. Car effectivement, qu’aurions nous à lui dire, si ce n’est que les valeurs se perdent manifestement, noyant le monde dans la basse cupidité dont nous constations tristement un exemple supplémentaire. De par leur avidité (et même s’il n’en sont peut être pas conscient), ces êtres malveillants mettent en péril le principe même du vernissage ! En effet, quel intérêt y aurait-il à se rendre à un vernissage s’il est question de payer ses consommations ?
Conscient de l’amateurisme dans lequel nous avions chu, nous évacuâmes les lieux, fixant d’un regard accusateur tous ces gens qui s’y trouvaient, car intrinsèquement complices, de par leur simple présence, de cette mascarade que fut cette fin de journée …

Salaryman
Attention, ces critiques sont à prendre au deuxième degré. Nous savons parfaitement qu'un vernissage ne se limite pas à de la bouffe gratos et de l'alcool à l'oeil ! Quoique pour certains...