Meshuggah – “Catch 33"
MANGE MES CHOUX, GARS

Voilà un disque qui ne vous laissera pas beaucoup de répit. Vous en avez marre des rythmes binaires basiques vus et revus, vous êtes fatigués des mélodies et des suites d'accords téléphonées de la fausse pop trop propre sur elle ?

Meshuggah agit immédiatement et efficacement, de manière radicale. C'est le cinquième « vrai » album du « faux » quartet suédois (le bassiste et cinquième membre est un sessioniste) et les gaillards attaquent sec. Dès la première seconde, toute la cavalerie apocalyptique débarque et on prend en pleine poire (c'est bientôt la fin de l'été, profitez-en pour manger des fruits ! Ceci est un message du Ministère de l'Agriculture) « Autonomy Lost », le morceau d'ouverture. Le metal de Meshuggah est très personnel et atypique, ce Catch Thirtythree ne fait que le confirmer.

Le groupe a réellement développé tout au long de sa carrière un style de plus en plus pointu qui semble aujourd'hui bien abouti. On est assez loin de leurs premières « trasheries » metalliciennes ( Contradiction Collapse , leur premier album). Cet opus continue le travail effectué sur son prédécesseur, Nothing, paru en 2002. Leur musique est un tout, un ensemble complètement cohérent et cohésif. Guitares, basse et batterie (chose étrange celle-ci semble avoir été entièrement programmée sur ordi par l'enclumeur Thomas Haake) sont soudées et forment un bloc monstrueux qui ne ressemble pas à grand-chose de connu et sur lequel vient se poser en force la voix décapante de Jens Kidman. Au milieu des rythmes complexes et de leur mécanique incompréhensible pour un auditeur « normal », l'oreille se fait ballotter, secouer, chute dans un silence ou une syncope, se raccroche à un coup de caisse claire… Et l'effet de transe n'est pas très loin tant ces étranges boucles deviennent rapidement hypnotiques.


Même s'il est divisé de manière classique en plusieurs morceaux, cet album est conçu comme un ensemble. Les pistes s'enchaînent dans une construction dramatique prenante, composée de passages très denses ou au contraire complètement atmosphériques. Meshuggah sait aussi se faire calme et éthéré ; le groupe surprend même l'auditeur avec un étonnant passage au vocodeur (si vous ne savez pas ce qu'est ce joujou électronique, réécoutez « California Love » de 2pac. Si si, je suis sur que vous l'avez sur une vieille cassette…Allez pas de honte, quoi, moi aussi j'ai été fan à une époque ! Ah ouais ce bon vieux son West Coast qui… Sans déconner vous l'avez vraiment pas ? Ah… Même…même pas un enregistrement de skyrock ? Bon…).

S'il commence fort et de manière directe, Catch Thirtythree s'achève dans un calme plat, qui évoque cependant plus une léthargie qu'une sieste apaisante. Rien n'est pour autant résolu, pas de quoi être rassuré. Au contraire. Meshuggah prouve que le metal, s'il est intelligemment fait, peut aussi être très mental et prendre une dimension cinématographique. Voilà de quoi amplement patienter avant l'arrivée de DU NOUVEAU TOOL ! ! ! Mais bon sang quand vont-ils finir pas le sortir ! ! ! RHAAAAAA ! ! !

Catch Thirtythree , Nuclear Blast/Nuclear Blast. Disponible.