Astérix : Le Ciel lui tombe sur la tête
(2005)
texte et dessins d'Albert Uderzo

Ce 33ème album des aventures d'Astérix était annoncé comme plus iconoclaste et effectivement il l'est… mais à quel prix! On savait déjà que la mort du regretté René Goscinny (après le 24ème album, "Astérix chez les Belges") avait bel et bien fait disparaître en grande partie l'esprit originel de la série, que Uderzo avait encore fait illusion jusqu'au 28ème album (le très bon, il faut l'avouer, "Astérix chez Rahàzade"), souvent à partir d'ébauches de scénario que Goscinny avait laissé derrière lui, et que depuis une quinzaine d'années la mémoire des Astérix d'antan était véritablement bafouée par de nouveaux épisodes insipides. Comble du désespoir pour les Astérixophiles, le vieil Uderzo semble avoir perdu la tête, comme si le ciel lui était vraiment tombé dessus! Au moment où il annonce qu'il refuse que la série soit poursuivie après sa mort par peur qu'Astérix soit mal interprété, et même s'il admet que cette volonté est "peut-être présomptueuse de (sa) part", il nous délivre le moins astérixien des Astérix! Si l'on manquait de mains pour compter le nombre d'idées que comptait une seule page des années Goscinny, il ne faut que quelques doigts pour dénombrer les bonnes idées de l'intégralité du 33ème album!

L'histoire en elle-même est grotesque: deux extra-terrestres rivaux veulent s'emparer de la potion magique car elle pourrait faire basculer le rapport de force trop équilibré qui empêche toute issue au conflit qui oppose leurs deux civilisations! En clair, l'univers astérixien lui-même se voit envahit par des univers infantiles, naïfs et dépourvus de créativité, tout droit inspirés des plus nullissimes dessins animés américains ou japonais. Le Tadsylwien (l'un des extra-terrestres) est sensé être un hommage à Walt Disney (dont il est un anagramme) mais il semble qu'à la fois Disney et Goscinny ont de grandes chances de se retourner dans leurs tombes respectives! Le Tadsylwien ressemble à un des Télétubbies, ses clones-soldats à une caricature grotesque des Indestructibles, le vaisseau du méchant Nagma à Goldorak… C'aurait pu s'appeler "Astérix et les Pokemon" ou je ne sais quelle annerie!


L'absence de créativité et d'originalité est pitoyable, les cases fades et inutiles s'enchaînent, les dialogues sont d'une stupidité affligeante et d'un humour vain et naïf, les personnages cultes perdent de leur aura, l'utilisation de techniques numériques efface en partie le charme habituel des traits d'Uderzo… Outre quelques rares détails épars, l'essence même de la série a disparu! Il faut se rendre à l'évidence: le chiffre 33 semble sonner le glas d'une des plus éminentes pages d'histoire de la BD. Dommage que cet enterrement soit si triste. Dommage qu'il sonne comme un regrettable suicide artistique. Adieu Astérix!

Raphoufoune