Soukyuu No Fafner Dead Agressor
(2004)
de Nobuyoshi HIBARA

Soleil radieux, plages dorées, nature foisonnante ... l'archipel de Tatsumiya semble l'endroit typique où il fait bon vivre. Et ce n'est pas les vies doucereuses menées par les nombreux adolescents y résidant qui irait en sens inverse. Ici, pas de rivalités scolaires mais une musique naïve qui accompagne des visages souriants aux grands yeux clairs. Soukyuu no Fafner ne serait-il qu'un énième shôjo (manga ou japanime destiné aux filles) fantaisiste et immature ? Ca serait dans l'ordre des choses, s'il n'y avait eu cette séquence pré-générique qui tranche radicalement avec ce contexte.
Car c'est bien d'un combat de mechas dont il est question dans les toutes premières images. Certes, dans ce premier épisode, il faudra quelque peu patienter avant que quelconque gros robot pointe de nouveau son minois, car l'histoire de cette série ne commence vraiment que lorsque tout bascule...
Attaqué par une étrange entité appelée Festum, sorte de grande forme humanoïde volante et détruisant tout sur son passage, l'île est mise en alerte générale et dévoile alors sa véritable nature. Sur les quais, dans les collines, sur les plages, mitraillettes lourdes et lance-missiles se déploient afin de détruire la menace extérieure.
Détruire ? Au centre de commandement, on se doute qu'il en faudra beaucoup plus. C'est d'ailleurs dans ce but qu'ont été crées les Fafners, robots gigantesques et surarmés. Toutefois, la maîtrise de ceux-ci est restreinte à quelques individus dont le code génétique est « compatible. » C'est le cas de Kazuki Makabe, un jeune adolescent de 14 ans qui se retrouve propulsé sur le front aux commandes d'un de ses géants d'acier.

Ainsi se clôt un premier épisode fort bien écrit tant il arrive à insuffler un puissant dynamisme et une bonne densité dans le récit. Autant dire qu'avec une telle amorce, cette nouvelle robotto-anime s'annonce prometteuse. Mais pour être franc, toute la série n'est pas du même ressort dramatique, à cause notamment d'un scénario qui dévoile quelques lacunes.
Dépeignant les actions quotidiennes de Kazuki et ses co-équipiers dans la lutte contre les Festums au sein d'Alvis (l'organisation qui défend l'île des attaques répétées des Festums), le scénario adopte pourtant le bon parti pris de ne pas trop focaliser le récit sur un seul personnage, mais plus sur une multitude à l'aide d'une narration intelligente. En effet, après la réussite de la première mission « improvisée » de Kazuki, ce dernier se voit rejoint par nombre de ses camarades de classes au sein d'Alvis, l'organisation chargé de la défense de Tatsumiya. Recrutés pour leurs capacités, ces derniers découvriront que leur ADN a été tout spécialement modifié pour être compatible avec les Fafners.
Mais cette synergie est à différent échelon, et tous n'auront pas la chance qu'a Kazuki d'être en telle harmonie avec sa machine, ce qui sera une source de conflits permanents. Des rapports de force qui se verront amplifiés par autant de romances qu'il y a de personnages, le nouveau contexte permettant souvent à mettre en exergue ce qui était sous-jacent chez ces jeunes gens alors qu'ils n'étaient que de simples collégiens. Sans compter que la défense de Tatsumiya, c'est l'affaire tous, et ainsi, aux postes de commandement retrouve-t-on les parents de ces adolescents envoyés au combat. Et c'est alors les conflits générationnels qui débarquent ...
Mais ces approches multiples permettent aussi de diversifier les points de vue sur le problème Festum et les questionnements qu'il en découle. En effet, ces derniers, symbole du néant, vivent sans conscience ni identité dans le seul but d'assimiler tout ce qui se trouve dans leur collimateur, élargissant ainsi le champ de leurs connaissances à chaque nouvelle « absorption » d'individu. Ainsi, aux vues des avancées spectaculaires de l'ennemi avec lequel ils rentreront parfois en contact, certains se demanderont si finalement notre vénérée conscience nous est tant indispensable ... Présenté de façon imagée, ce questionnement existentiel exposé en filigrane parvient à interroger le spectateur tout au long de la série même si, ne parvenant pas vraiment à trouver de réponse, on n'échappe pas à quelques répétitions vers la fin de la série.
Mais ce n'est pas pour autant que cette dernière stagne vers les derniers épisodes, car l'intrigue de Soukyuu no Fafner est finalement motivé par les personnages et leurs évolutions réalistes tout au long du récit. Toutefois, les premiers épisodes tardent un peu à progresser dans ce sens au profit d'une description des différents protagonistes et des nouvelles situations auxquelles ils sont confrontés que certains trouveront peut être un peu lourde. Mais à l'épisode 6, la mort inattendue d'un des jeunes pilotes nous rappelle à l'ordre : Soukyuu no Fafner , c'est bel et bien un film de guerre !
Ainsi, entre trahison et sacrifice, ultimatum et attaque surprise, les nerfs de nos héros seront mis à rudes épreuves, d'autant que le scénario n'hésite pas à éliminer un personnage à tout moment (les pilotes restants de Fafner à la fin de la série ne se limiteront d'ailleurs qu'à ... quatre.) Certes, Tatsumiya n'a rien d'un champ de bataille, mais c'est bien l'ultime endroit sur Terre où ça n'est pas le cas. En effet, subissant les continuels assauts des Festums depuis plus de 30 ans, la planète bleue a changé de visage. Plusieurs pays dont le Japon ont ainsi été rayé de la carte. Unifiés autour des Néo Nations-Unies, dont les actions posent toutefois le doute quant à leurs véritables intérêts, les peuples du monde entier combattent l'invasion festumienne. Seul Alvis résiste à cette mise en commun des puissances.

Mais à vrai dire, de ce contexte géopolitique, les enfants de Tatsumiya n'en savaient rien avant cette fameuse première attaque de Festum. Le récit privilégiant l'identification aux personnages, la description du monde extérieur est ainsi finement distillée au compte-gouttes. Certes, la lenteur avec laquelle est entreprise cette description pourra irriter les plus impatients autant qu'elle tiendra en haleine beaucoup d'autres d'entre nous. Et, même si au final beaucoup de zones d'ombres subsistent (notamment sur l'origine des Festums), ce contexte est la plus grande originalité du scénario.
Et d'originalité, il en manque un peu dans cette série. Certes, on ne berce pas dans la robotto-anime classique car finalement, les robots passent ici au-deuxième plan, mais même les non-initiés remarqueront des similitudes flagrantes avec quelques titres réputés que le genre nous a livré ses dernières années. Inspiré à l'origine de l'Anneau des Nibelungen , un poème épique allemand du Moyen-Age, Soukyuu no Fafner s'entoure en effet d'un mysticisme constant qui ne rappelle que trop Evangelion (1995) et Rahxephon (2002.) Mais outre l'atmosphère, certains éléments semblent directement repris de ces dernières. Le code génétique qui détermine les pilotes, le dôme de protection et son « faux » ciel, les ennemis indéfinissables, un monde post-apocalyptique dont certains ne savent rien ... Tout ceci sont autant de coïncidences troublantes, surtout que la ressemblance est parfois même poussé au niveau graphique (le centre de commandement d'Alvis, les combinaisons synergétiques, les commandes du Fafner, etc...) Bizzare...
Mais heureusement, en ce qui concerne les personnages, on évite une énième copie de
Rei et Asuka. Mais si les personnages se révèlent si attachants, c'est également grâce au trait précis de Hisashi Hirai. Célèbre charachter designer, ce dernier nous livre en effet remarquable travail qui réussit le tour de force d'avoir donné un caractère propre à chacun des personnages, tout en s'éloignant suffisamment de Gundam Seed (2002) et Gundam Seed Destiny (2005), les dernières productions sur lesquelles il avait officié.


Un chara-design soignée que l'on appréciera d'autant plus que l'animation le lui rend bien. Tant dans les expressions faciales que dans les combats de mechas, le studio Xebec a mis les bouchées doubles et il n'est quasiment jamais à déplorer une déficience quelconque dans cette mise en image fluide et très convaincante. Certes, certains épisodes sont un peu calmes et l'animation y est ainsi limitée. Mais l'épisode double qui conclut la série de façon spectaculaire ne laissera plus douter quant au travail qui a été effectué, et ne ratera pas non plus de mettre en avant les talents de Nobuyoshi Habara, réalisateur de la série. Le tout supporté par une bande-son orchestrale de Saito Tsuneyoshi, toujours très dynamique et mouvementée et évitant les facilités et les redondances. Enfin, puisqu'ils occupent une place prioritaire tout au long de la série, n'oublions pas les superbes méchas réalisés par Naohiro Washio aux formes un brin abruptes (voire « réalistes ») et pourtant tellement ... classe !
Le studio Xebec, connu en Occident pour sa série phare Love Hina , étend ici son répertoire en s'invitant dans la robotto-anime avec Soukyuu no Fafner . Ce titre ne révolutionnera toutefois pas le genre, mais il n'en reste pas moins une série dotée de nombreuses qualités. Et on voit mal pourquoi celle-ci ne débarquerait pas en France ...

Salaryman

N.B. : Les droits de cette série n'ont pas encore été achetés pour la France, alors profitez-en pour la télécharger légalement (http://www.anime-torrent.net) !

Soukyuu No Fafner Dead Agressor
Studio  : Xebec ( Martian Sucessor Nadesico , Shaman King , Megaman NT , Erementar Gerad ...)
Réalisateur  : Nobuyoshi HIBARA ( D.N.Angel , )
Character Designer  : Hisashi HIRAI ( Gundam Seed, Gundam Seed Destiny , s-CRY-ed ...)
Mechanical Designer  : Naohiro WASHIO ( Stellvia of the Universe ...)
Musique  : Tsuneyoshi SAITO ( Tide-Line Blue , XXXHolic )
Nombres d'épisodes  : 26 x 26 min.