LE NAVET DE SEPTEMBRE |
C'était un soir comme un autre. Ne sachant pas quoi faire, une main se saisit de la télécommande pour consulter la liste des programmes de notre chère Freebox. Et là, c'est le drame, un titre sublime apparaît à nos yeux : Mon Curé chez les Thaïlandaises . Un curé plutôt Rock n' Roll, qui, du fond de sa Garonne ou autre région reculée, est réputé pour être le créateur d'un élixir capable de guérir tout et n'importe quoi. Venant lui annoncer le décès du frère de ce dernier, un notaire, qui est au passage l'amant de la récente veuve (si vous ne comprenez déjà plus, c'est normal), lui propose d'exporter le précieux liquide en Thaïlande. Se croyant désormais mécène d'une école catholique pour jeunes thaïlandaises (qui n'est en réalité qu'une maison close) en reprenant les affaires de son frère, le curé accepte et s'envole direction Bangkok. Si seulement il n'y avait eu ces très vilains et très méchants terroristes qui, détournant l'avion, avaient fait faire un baptême de saut en parachute au religieux et ses tout nouveaux amis Et ce n'est que le début d'une formidable épopée. Toute logique est bien sûr absente de l'histoire, et les décors sont d'un réalisme frappant puisque l'équipe de tournage n'est pas sortie de France pour faire ce film ! On se retrouve donc dans un centre-ville de Bangkok aux couleurs des nuits parisienne, avec des faux asiatiques parlant un yaourt aux tonalités vaguement orientales, etc Non, ce film n'est pas une merde, c'est une sous-merde, un merveilleux navet à voir et à revoir un soir de dépression profonde car, même au bord du suicide, ce film fait rire. |
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P.S. : Comme vous pouvez le constater, je ne sais pas faire une critique construite. Mais en échange, je peux vous chanter les duos des sorcières de Purcell et vous coudre un pantalon à pinces Tata Vivi |
En effet, ce film fait partie de ces merveilles du paysage cinématographique qui marquent de par leur nullité. N'ayant rien à envier aux meilleurs productions de Uwe Boll ou Aaron Norris, Robert Thomas rejoint ainsi dans la plus grande logique une sorte de caste très restreinte au service des plus grands navets. Une non-intelligentsia qui a aussi la particularité de comporter une majorité de réalisateurs américains ou asiatiques. Saluons donc la mémoire de notre génie national qui a su s'inviter parmi les plus petits Et comment ne mieux parler de ce dernier qu'à travers son uvre la plus célèbre : Mon Curé chez les Thaïlandaises , un titre évocateur qui, comme vous avez pu le lire précédemment, recèle un scénario des moins élaborés dans laquelle la logique a pris ses jambes à son cou. Suite de Mon Curé chez les Nudistes réalisé un an auparavant (c'est dire si le scénario eu le temps de mûrir), c'est avec une joie immense que nous retrouvons ce religieux benêt et suivons ses tribulations orientales à travers des situations aussi grotesques qu'inutiles. Peut être le réalisateur de La Bonne Soupe (1963) et Patate (1964) s'attendait-il à ce que l'on s'identifie à son personnage fétiche pour que l'on ne voit pas tout arriver à 300 km, mais c'est loin d'être le cas. Le récit s'embourbe alors dans les rebondissements qu'il essaie d'imposer et dans lequel il finit par se perdre tout seul comme un grand. |
Et ne comptez pas sur le casting de rêve pour remonter le tout. Campé par Maurice Risch, mon curé finit par saouler (à moins que quelque chose d'autre ne s'en soit chargé avant, histoire de tenir le coup) dans sa bêtise au point qu'on se demande si cette dernière est vraiment jouée. Certes, n'oublions pas la participation irrésistible de l'illustre Jacques Balutin qui, jouant un ambassadeur écossais (fatalement en kilt) ne peut s'empêcher de le faire la bouche en cur et en déraillant vers les aigus à chaque fin de phrase. Par contre, je déconseille à tous les fans de Daniel Prévost de regarder ce film ou vous ne vous en remettrez pas (j'en suis la preuve vivante sniff ) |
Et que dire des décors, ou comment prendre les gens pour des cons en trois leçons. Première partie : tourner dans de magnifiques forêts de chênes et faire croire qu'on se trouve en pleine jungle. Deuxième partie : filmer les scènes en extérieurs à Paris XVème parce que de toute façon, il y a plein d'asiatiques dans ce quartier et que personne verra la différence. Et troisième partie : récupérer n'importe quel plan de Thaïlande et les raccorder comme si de rien n'était avec de superbes images réalisées en studio. Quant à l'action, elle est d'une crédibilité qui fait peur tant elle essaie de nous faire gober n'importe quoi. On se souviendra notamment de quel façon le brave Maurice se débarrasse de deux méchants truands. A ce niveau, ce n'est plus de l'humour, mais de la farce à l'ancienne. Certes, on pourrait penser qu'on en a l'habitude en France, mais même toutes les séries Z dont ne nous a pas dispensé notre chère télévision cet été (en l'occurrence, béni soit AB1) n'arrive pas à la cheville de ce navet, en même temps trop nul pour l'aimer, mais trop rare pour le détester. En résumé, ce curé au pays du Curry est une cure de rire mais il peut aller se curer pour qu'on le regarde de façon récurrente ! P.S. : Ouais, je sais, je suis poète à mes heures |
Salaryman |
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