LE NAVET DE MAI
JACK FROST


Pour notre première édition, nous décernons le navet d'or à un grand classique de la daube audiovisuelle. Pour certains, ce n'est pas une surprise et nous entendons déjà les mauvaises langues dire que nous ne nous sommes pas éloignés des sentiers battus. Et bien certes, nous ne serons pas le premier film à répertorier ce film (si on peut encore appeler ça comme ça) dans nos poubelles, mais nous ne pouvions faire l'impasse.

Le scénario à lui seul justifie sa place dans cette rubrique. Quel auteur de génie a pu mettre au point une telle histoire ? Pour ceux qui ne la connaisse pas encore, Jack Frost relate l'histoire de Jack Frost (ah bon ?), un serial killer qui vient d'être arrêté. Hasard de la météo, ce dernier est transféré vers une prison une sombre nuit d ‘hiver. Survient alors un accident avec une estafette à la cargaison douteuse, et dont notre ami Jack va justement faire les frais. Aspergé par ce liquide verdâtre, l'homme fond et disparaît dans la neige.

Ce haut point de la dramaturgie du récit annonce déjà les fondements d'une grosse bouse, et on se surprend alors à regarder la suite de sorte à confirmer cette pensée fugitive. Et la suite ne nous déçoit en cela pas du tout. Décrivant la préparation des fêtes de Noël dans une petite bourgade de montagnes, nous découvrons alors de sympathiques personnages, dont la profondeur psychologique proche d'un QI de poireau est d'ailleurs parfaitement rendu par une pléiade d'acteurs que l'on sent parfaitement impliqués. Une mention spéciale est alors à attribuer au shérif, aux traits très proches d'un actuel président américain, et qui fait preuve d'une intelligence équivalente quand il s'agit d'élucider une sombre affaire de meurtres en série survenu dans le comté.

En effet, un djeuns s'est fait récemment décapité à l'aide de sa luge, puis son père, grand philosophe, et mort d'une hache enfoncée dans sa bouche, et enfin, sa mère fut étranglée par des guirlandes de Noël. Est-ce le fruit d'un règlement de compte familial ? Non ! Le shérif en conclut que le meurtrier est Jack Frost, réincarné sous les traits d'un bonhomme de neige !! Et l'enquête le confirme. Bientôt, ce brave shérif doit faire face à ce monstre dont la nouvelle existence a décuplé ses pouvoirs. Sans compter que le shérif est à l'origine de l'arrestation dudit Frost, tout ça annonce un conflit d'une grande intensité !

Difficile de faire pire, non ? A ce niveau, même Battlefield Earth fait office de chef-d'œuvre intellectuel. Et encore, nous n'avons pas encore parlé de la réalisation plate et soporifique découpant les nombreuses scènes d'action avec la finesse et la précision d'une frappe chirurgicale américaine. On retiendra avec quel brio est réalisé la scène d'accident du début du film et notamment avec quelle finesse est découpée la phrase « putain / de / merde » qui la précède et qui est prononcée par trois personnes différentes à la suite. C'est la marque d'une grande intelligence à applaudir.

On pourrait également disserter sur la photographie proche d'une production AB, sur les effets spéciaux dont le coût doit s'élever au quart de la production d'un épisode de Derrick. On comprend mieux pourquoi au cours de son évolution, le scénario s'accompagne d'un humour sixième degré, gras comme une frite belge. Et cet exercice de style dérive très vite vers un bordel incroyable à ne plus savoir comment appréhender le film. Mais sans doute que tout cela participe d'une recherche entémologique qui nous échappe tant elle est profonde. Dommage seulement que nos cerveaux trop peu évolués ne savent pas s'élever à un tel niveau de conscience, car avant tout, c'est une sorte de mélange subtil entre ennui et hilarité que l'on ressent tout au long de ce film. Et arrive alors à point nommé une tirade de Jack Frost en personne qui dit au shérif : « il est vraiment temps que ce film se termine. »
28/04/05
Salaryman